mercredi 21 août 2013

Contes à aimer, contes à s'aimer....



 Le conte des deux combawas qui avaient décidé de construire une relation de longue durée.

S'engager sans clarifier ses attentes, ses apports et ses zones d'intolérance, c'est prendre le risque de se déchirer, se blesser et parfois de s'aliéner mutuellement.

Il était une fois deux combawas qui s'étaient rencontrés à la suite d'un coup de foudre amoureux.
Un coup de foudre amoureux, au pays des combawas, est quelque chose qui surgit sans prévenir, qui emporte tout sur son passage, qui rapproche aux plus intimes deux êtres plus beaux, plus intelligents, meilleurs, d'être précieux, nécessaire et unique.

Leur attirance, leur rapprochement, leur plaisir à se trouver ensemble les avaient comblés l'un et l'autre durant plusieurs mois. Ils étaient éblouis mutuellement de leur fougue, de leur passion et d'une liberté soudainement découverte.
Il faut que je vous dise qu'ils sortaient tous les deux d'une relation conjugale qui s'était soldée par une rupture et une séparation pour l'un et par un divorce pour l'autre.

Naïfs, ils firent comme s'ils étaient entièrement libres, autonomes et indépendants, alors que les liens affectifs retenaient encore l'un et que des liens sociaux pesaient sur l'autre. Durant les deux premières années ils s'accordèrent parfaitement, se parlèrent peu, mais se sentait bien ensemble, ils firent de nombreux voyages.

Un jour où ils décidèrent d'un rituel pour marquer leur engagement mutuel l'un envers l'autre. Ils ne vivraient pas sur le même territoire, n'interféreraient pas dans la vie de l'autre, mais s'inviteraient le plus souvent possible compte tenu de leurs engagements respectifs, se soutiendraient et partageraient le meilleur d'eux même. Ce qu'ils ne savaient , ni l'un ni l'autre, c'est qu'après cette période idyllique, pleine de saveurs, de bien être et de bons sentiments, ils allaient voir émerger, remonter du fond de leur histoire, et cela de façon imprévisible, quelques unes de leurs souffrances liées aux blessures d'enfance.

Vous allez me demander : " Mais comment est ce possible ? "

C'est un des risques de toute relation intime que le comportement, les paroles, les gestes parfois les plus anodins, les plus insignifiants, retentissent de façon violente sur une situation inachevée de chaque histoire personnelle, sur un aspect de l'enfance associé à des humiliations, des injustices, à des trahisons ou un sentiment d'impuissance. Evidement aucun des deux n'avait cela.

Elle par exemple, ne pressentait pas que sa propre insécurité, ses doutes, son besoin de réassurance pour pouvoir s'abandonner pleinement lui faisait mettre très souvent à l'épreuve la relation avec l'autre. Tout cela avec des paroles, des attitudes qui faisaient douter de la solidité de ses engagements et parfois qui disqualifiaient même la présence de son partenaire.

Elle ne se doutait pas qu'elle touchait ainsi, chez l'autre, à l'image de soi. L'image de soi est quelque chose de fondamental chez un combawa, c'est le noyau sur lequel il peut s'appuyer, se réfugier en cas de doute, d'insécurité, de fragilité.

Lui même ignorait que chaque fois qu'il ne tenait pas ses engagements, chaque fois qu'il se complaisait dans l'improvisation de l'instant, qu'il inventait un projet trop nouveau, il ne savait qu'il allait réveiller de l'angoisse, provoquer mal être et malaise chez sa partenaire combawa qu'il aimait et appréciait, mais qui, dans ces moments là, se fermait, se réfugiait dans le silence, se bloquait sur des refus, tant elle avait besoin de prévoir, de s'organiser et même de contrôler parfois le surgissement de l'imprévisible dans sa propre vie.

Ainsi, chacun avec une sincérité aveugle provoquait chez l'aimé(e) justement ce que lui même (et l’autre) redoutait le plus. L'un et l'autre sécrétaient avec constance des comportements qui allaient se révéler toxiques, violents, extrêmement déstabilisants pour l'équilibre intime de leur relation dans la durée.

Tout se passait comme si chacun envoyait à l'autre le message suivant : " Je ne peux te donner le meilleur de moi, car avant, tu dois me montrer que tu m'acceptes tel que je suis, même quand je suis déstabilisant pour toi ! "

Chaque séquence s'emboitait quasi automatiquement, pour préparer la séquence suivante qui les faisait l'un et l'autre tant souffrir d'incompréhension. Comme si chacun attendait de l'aimé ce que justement il ne pouvait lui donner, puisque l'exigeant impérativement de l'autre.

Ainsi malgré eux, se mettaient en place toutes les conditions d'une séparation, qu'ils ne souhaitaient pas réellement. Car il est difficile de savourer le bon, le bienveillant, de goûter le ciel, quand votre ventre se révolte au souvenir de vielles peurs, quand votre gorge se durcit de tous les silences refoulés, quand votre sexe vous rappelle que le plaisir a besoin d'un berceau de tendresse pour s'épanouir, pour se révéler dans toute sa splendeur et son abandon.

Il n'y a pas me semble t'il, de solutions faciles à une telle situation. Accuser, reprocher, mettre en cause l'autre, c'est faire toujours plus pour entretenir ce qu'on voudrait voir disparaître. C'est collaborer au maintien d'une situation qui devient de plus en plus invivable.

D'un autre côté, ne rien dire, tolérer, subir, attendre, c'est ne pas respecter le partie de soi qui justement demande reconnaissance, c'est comme piétiner ses propres valeurs.
Peut être serait il souhaitable d'inviter les deux combawas à prendre le temps de se dire, non sur les perceptions, les ressentis immédiats, non sur les petites pollutions inévitables du quotidien, mais d'oser parler des blessures secrètes, non cicatrisées, toujours a vif au profond de chacun. D'exprimer comment elles sont réveillées par les comportements, les paroles ou les attitudes de l'autre, dévoilant des abîmes de souffrances et des peurs qui envahissent le présent, polluent la disponibilité d'une relation en cours et leur font engranger trop de déceptions et de frustrations.

Vous avez bien entendu, j'invite donc à parler, a échanger non sur les faits, non sur le ressenti immédiat, qui aveugle parfois, nous entraîne dans le réactionnel, mais à oser dire, partager sur le ressentiment, l'impact de l'autre sur les blessures de l'enfance de chacun.

Cela suppose de prendre le risque de se mettre à nu, à nu de l'intérieur, de rencontrer la face cachée, parfois à soi même, de cet intérieur !
Face vulnérable, sensible, si fragile qu'il faut à la fois beaucoup de courage, de lucidité et d'amour envers soi même pour oser montrer, derrière cette part d'ombre, les blessures ardentes de l'enfance et toutes les compensations qu'on a construites autour pour masquer tous les manques qui en découlent.

Certains combawas y arrivent s'ils se sentent portés par l'amour de l'autre, s'ils se sentent suffisamment aimé pour affronter un tel dévoilement de soi. Il faut se rappeler cependant qu'au pays des combawas, un partenaire amoureux ou conjugal ne peut être le thérapeute de l'autre.
Il sera le déclencheur, le grand ré activateur des blessures de son histoire et peut être le miroir sur lequel elles viendront se projeter avec violence.

C'est par l'écoute respectueuse de soi et de l'autre, par l'attention du cœur et la compassion que tout cela devient possible.
Aimer dans la durée et garder une relation vivante et en santé est toujours une aventure pleine de risques chez les combawas.

 de Jacques Salomé

mardi 20 août 2013

Acrostiche sur Agendaire....


A utour de vous, nous, le monde se meut, indifférent …. de

G énérosité, partage, nous en sommes tous envahis et capables,

E st ce utopiste ! Nous ne pouvons et n’osons le croire,

N’occultons pas qu’une petite attention, un geste, un sourire parfois,

D onnera de l’espoir à celui (celle) qui le recevra,

A lors peut être, les tracas quotidiens deviendront ils insignifiants,

I ndifférent(e), nous ne pouvons, voulons être ou rester …

D emain, après demain, dans un mois, un an … peut importe le temps,

E nsembles, nous pouvons tenter cette jolie aventure qu’est l’entraide ….



C’est un site insolite, vous pouvez y découvrir des artistes inconnus qui méritent largement d’être reconnus…un échantillon….







lundi 19 août 2013

Prière de don Miguel Ruiz




En ce jour, Créateur de l’univers, nous te demandons de nous aider à nous accepter tel que nous sommes, sans jugement. Aide-nous à accepter notre mental tel qu’il est, avec toutes nos émotions, nos espoirs et nos rêves, notre personnalité ainsi que notre façon d’être qui est unique. Aide-nous à accepter notre corps tel qu’il est, dans sa beauté et sa perfection. Que l’amour que nous avons pour nous-mêmes soit si fort que jamais plus nous ne puissions nous déprécier ni saboter notre bonheur, notre liberté et notre vie affective. A partir de maintenant, que chacune de nos actions, réactions, pensées, émotions soient fondées sur l’amour. Aide-nous, Créateur, à accroître l’estime que nous avons pour nous-mêmes afin que la rêve entier de notre vie soit transformé, qu’on passe de la peur et du drame à l’amour et la joie. Que le pouvoir de l’amour de nous-mêmes soit assez fort pour faire éclater tous les mensonges qui nous disent que nous ne sommes pas assez bon, ou assez fort, ou assez intelligent, que nous sommes incapable de réussir. Que le pouvoir de notre amour de nous-mêmes soit si fort que nous n’ayons plus besoin de vivre notre vie selon l’opinion des autres. Que nous ayons complètement confiance en nous-mêmes pour faire les choix que nous devons faire. Avec l’amour de nous-mêmes, nous n’avons plus peur de faire face aux responsabilités ni aux problèmes que nous pouvons résoudre car ils ne nous font plus peur. Quel que soit ce que nous voulons accomplir, puissions-nous le faire par le pouvoir de l’amour de soi.

A partir d’aujourd’hui, aide-nous à nous aimer nous-mêmes de telle façon que nous ne dressions jamais d’obstacle sur notre chemin. Nous pouvons vivre notre vie en étant nous-mêmes sans faire semblant d’être quelqu’un d’autre simplement pour que les autres nous acceptent. Nous n’avons plus besoin que les autres nous acceptent ou nous disent que nous sommes quelqu’un de bien car nous savons ce que nous sommes et qui nous sommes. Investi du pouvoir de nous aimer, réjouissons-nous chaque fois que nous nous regardons dans le miroir. Sourions sans retenue de façon à faire ressortir notre beauté intérieure aussi bien qu’extérieure. Aide-nous à ressentir un tel amour pour nous-mêmes que nous puissions toujours être heureux avec nous-mêmes. Puissions-nous nous aimer sans nous juger parce que lorsqu’on se juge on apporte les reproches et la culpabilité, et nous éprouvons le besoin de nous punir et nous perdons ton amour de vue. Donne-nous la force de nous pardonner aussitôt.

Efface de nos esprits le poison émotionnel et les autocritiques afin que nous puissions vivre en paix et amour. Que l’amour envers nous-mêmes nous donne le pouvoir de changer le rêve de notre vie. Avec ce nouveau pouvoir ancré dans nos cœurs, que nous confère l’amour de soi, transformons les relations. Aide-nous à nous libérer de tout conflit avec les autres. Réjouissons-nous du temps que nous partageons avec ceux que nous aimons et de pouvoir leur pardonner toute injustice que nous ressentons dans notre mental. Aide-nous à nous aimer nous-mêmes avec une telle force que nous arrivions à pardonner à tous ceux qui nous ont blessés au cours de notre vie. Donne-nous le courage d’aimer notre famille et nos amis de façon inconditionnelle et de faire en sorte que nos rapports avec les autres soient aussi positifs et aimants que possible. Aide-nous à ouvrir de nouveaux modes de communication avec les autres de telle sorte qu’il n’y ait aucun rapport de force, qu’il n’y ait ni gagnant ni perdant. Que nous puissions travailler ensemble en équipe pour l’amour, la joie et l’harmonie. Que nos rapports avec notre famille et nos amis soient fondés sur le respect et la joie afin que nous n’éprouvions plus le besoin de leur dire comment penser ou comment être. Que nos rapports sentimentaux soient les plus merveilleux. Que nous ressentions la joie à chaque fois que nous sommes avec notre partenaire. Aide-nous à accepter les autres tels qu’ils sont, sans les juger, parce que quand nous les rejetons, nous nous rejetons nous-mêmes et quand nous nous rejetons nous-mêmes, nous te rejetons toi.

Aujourd’hui est un nouveau départ. Aide-nous à recommencer notre vie à partir d’aujourd’hui avec le pouvoir de l’amour que nous avons pour nous-mêmes. Aide-nous à aimer la vie, à prendre plaisir à nos relations, à explorer la vie, à prendre des risques, à vivre intensément et à cesser de vivre dans la peur d’aimer. Ouvrons notre cœur à ce qui est notre droit de naissance. Aide-nous à devenir Maîtres dans les actes de Reconnaissance, de Générosité et d’Amour afin que nous puissions jouir de toute la création pour toujours et à jamais.


Don Miguel Ruiz « Les 4 accords toltèques » et « La maîtrise de l’amour » 

dimanche 18 août 2013

Rien n'est jamais fini...





Même blessée et démolie
Mon âme peut encore chanter la vie
Tu n'as pas le droit d'abandonner
Rien n'est jamais fini
Laisse vivre ton cœur
Il peut encore aimer sans avoir peur

samedi 17 août 2013

TRILOGIE DE LA PASSION






À WERTHER

Tu te risques donc, ombre tant pleurée,
Une fois encore à la lumière du jour,
Tu viens à moi par ces prés fleuris à neuf
Sans du tout redouter mon regard.
Il semble que tu vives dans le matin
Quand la rosée nous rafraîchit sur le même champ
Et aussi, après la morne fatigue du jour,
Quand nous enchante le dernier rayon du soleil ;
Rester fut mon lot, partir était le tien,
Tu pris les devants — et tu n'as pas beaucoup perdu.

La vie de l'homme semble un sort magnifique :
Que le jour est aimable, que la nuit est grande !
Et nous, plantés au milieu du terrestre Paradis,
Jouissons à peine du soleil haut et auguste
Que sitôt de troubles tentations nous affrontent
À nous-mêmes tantôt, et tantôt à ce qui nous entoure ;
Aucun des deux n'est par l'autre comblé à souhait,
Le monde est obscur, quand notre être resplendit,
La splendeur de ce qui est m'est volée par le trouble de ma vue,
C'est là tout près — et l'on ne reconnaît pas le bonheur.

Parfois nous croyons le connaître ! Avec force
Nous ravit en un charme d'amour la féminine forme :
Le jeune homme, heureux comme en la fleur de l'enfance,
S'avance dans le printemps — printemps lui-même —,
Ébloui, étonné, qui donc lui tourne ainsi la tête ?
Il regarde autour de lui, le monde lui appartient.
Une hâte naïve l'emporte vers les lointains,
Rien ne le limite, ni mur, ni palais ;
Comme une bande d'oiseaux effleure les cimes,
Il plane lui aussi qui vague autour de la Bien-Aimée,
Il cherche du haut du ciel, qu'il laisserait volontiers,
Le regard fidèle qui le retiendra fermement.

Mais trop tôt averti d'abord, puis trop tard,
Il se sent arrêté en son vol, il se sent pris,
Le Revoir est heureux, l'adieu cruel,
Une Nouvelle Rencontre le réjouit plus encore,
Et des années sont en un instant compensées ;
Mais sournoisement guette l'ultime adieu.

Tu souris, mon ami, avec sentiment, comme il sied :
Un horrible adieu fit ta renommée ;
Nous avons célébré ton lamentable sort
Et tu nous as laissé à la plénitude et à la souffrance ;
Depuis, la voie incertaine des passions
Nous attira encore en son labyrinthe ;
Et nous allons, enchaîné à une détresse répétée,
Vers l'adieu suprême — l'adieu qui est la mort !
Comme c'est émouvant quand le poète chante
Pour écarter la mort que l'adieu porte en lui !
Empêtré dans de tels tourments, à demi-coupable,
Qu'un dieu lui donne de dire ce qu'il endure.


ÉLÉGIE DE MARIENBAD

Alors que l'homme se tait dans la douleur,
Un dieu m'a donné à dire ce que je souffre.
Que puis-je maintenant espérer du Revoir,
De la fleur encore fermée de ce jour ?
Le Paradis, l'Enfer s'ouvrent devant toi ;
Quel mouvement contradictoire en ce cœur ! —
Plus de doute ! Elle s'avance à la porte du ciel,
De ses bras Elle t'élève vers Elle.

Ainsi tu fus admis au Paradis,
Comme si tu étais digne de cette belle vie d'éternité ;
Nul désir, nul souhait, nulle envie ne te demeuraient,
C'était là le but de ta plus intime aspiration ;
Et dans la contemplation de cette beauté unique
Tarissait même la source des larmes impatientes.

Bien que le jour n'agitât plus ses ailes rapides,
Il semblait chasser les minutes devant lui !
Le baiser du soir, sceau d'un fidèle engagement :
Qu'il en serait encore ainsi au prochain soleil.
Les heures se ressemblaient en leur marche gracieuse,
Comme des sœurs, mais nulle tout à fait pareille aux autres.

Et le baiser, le dernier, cruellement doux, tranchant
Le superbe réseau d'amours enlacées.
Et le pied tantôt se hâte, tantôt ralentit, fuyant le seuil
Dont un Chérubin de flamme l'a chassé ;
Et l'œil fixe avec chagrin le sentier ténébreux,
Il regarde en arrière, la porte est fermée.

Et maintenant refermé en lui-même, comme si ce cœur
Ne s'était jamais ouvert, n'avait jamais vécu d'heures
Bienheureuses avec chaque étoile du ciel à l'envi
Dans la splendeur de Sa compagnie ;
Et morosité, contrition, remords, lourdeur des soucis
De peser maintenant dans une étouffante atmosphère.

Est-ce donc que le monde n'est plus ? Les à-pics rocheux
Ne sont-ils plus couronnés d'ombres sacrées ?
Les moissons ne mûrissent-elles pas ? Une verte campagne
Ne conduit-elle jusqu'au fleuve à travers bosquets et pâturages ?
Et l'immensité céleste ne se cambre-t-elle pas,
Prodigue de formes et parfois sans forme ?

Errant avec douceur et grâce, clarté et tendresse,
Planant, comme un Séraphin, hors du chœur austère des nues,
Comme cela Lui ressemblait, là-haut dans le bleu de l'éther,
Cette forme svelte qui montait dans l'air limpide ;
Tu la vis ainsi emportée dans une danse joyeuse,
Elle, la plus aimable des plus aimables figures.

Mais tu ne pus la saisir que quelques instants,
Ne retenir à Sa place qu'un fantôme aérien ;
Reviens en ton cœur, tu y trouveras bien mieux,
Car elle s'y meut en figures changeantes,
Et d'entre toutes se forme l'Unique,
Mille fois plus et toujours, toujours plus aimée.

Comme au temps de l'accueil, elle demeura près des portes
Et fit mon bonheur, de là-haut, degré par degré ;
En personne après le dernier baiser Elle me rejoignit
Pressant encore le tout dernier sur mes lèvres :
Claire et mobile demeure l'image de l'aimée,
Écrite en lettres de feu au fond d'un cœur fidèle.

En ton cœur, solide comme un mur crénelé,
Qui se conserve pour Elle et La conserve en lui,
Et pour Elle se réjouit de sa propre constance,
Se connaissant lui-même seulement si Elle se manifeste,
Se sentant plus libre dans des limites tellement chéries,
Et ne battant plus que pour Lui tout devoir.

La faculté d'aimer, le besoin d'être
Payé de retour étaient éteints, évanouis ;
Mais la confiance joyeuse en d'heureux projets,
Des décisions, une prompte action, se retrouva tout de suite !
Quand l'Amour exalte à ce point celui qui aime,
Le plus délicieux est à ma portée ;

Et sans doute, grâce à Elle ! — Une intime angoisse
Tenait corps et esprit dans une importune sujétion :
Environné d'horribles images où que porte la vue,
Dans l'espace désert et oppressant du cœur vacant ;
Alors point l'espoir sur le seuil bien connu,
Elle paraît en personne dans la douce clarté du soleil.

À la paix de Dieu, laquelle en ce bas monde vous
Rend heureux plus que Raison — ainsi lisons-nous —,
Je compare volontiers la paix sereine de l'Amour
Dans la présence de l'Être tout-aimé ;
Là le cœur est tranquille et rien ne peut troubler
Le sentiment le plus profond, celui de Lui appartenir.

Dans le pur de notre cœur roule une aspiration :
À quelque chose de plus Haut, de plus Pur, d'Inconnu
Se donner par reconnaissance et d'un libre vouloir,
Déchiffrant en soi l'éternel Innominé ;
Nous appelons cela : être religieux ! — D'une telle élévation
Je me sens participer quand je me tiens devant Elle.

Sous son regard comme sous l'empire du soleil,
Sous son haleine comme sous les souffles printaniers,
Se met à fondre, ce qui se tint si longtemps rigide et glacé,
Le sens de soi enfoui dans des fosses hivernales ;
Nul intérêt propre, nulle volonté personnelle ne persistent :
Avec Sa venue cela frémit et disparaît.

C'est comme si elle disait : « Heure après heure
« La vie nous est aimablement offerte,
« Le passé nous laisse un piètre savoir,
« L'avenir, le connaître nous est interdit ;
« Et comme je redoutais la venue du soir,
« Le soleil sombra, et ce que je vis faisait encore ma joie.

« Fais comme moi et regarde, avec une joie tolérante,
« L'instant en face ! Nul atermoiement !
« Va vite à sa rencontre, bienveillant parce que vivant,
« Voue-toi à l'action, pour la joie, dévoue-toi à l'Amour ;
« Où tu es, que tout soit, dans une éternelle enfance,
« Et ainsi tu es tout, tu es invincible. »

Tu as bien parlé, pensai-je, pour viatique
Un Dieu T'accorda la faveur de l'instant,
Et chacun se sent en Ta gracieuse compagnie
Instantanément le favori du destin ;
M'effraie l'avis d'avoir à m'éloigner de toi,
À quoi me sert d'acquérir si haute sagesse ?

Désormais je suis loin ! La minute présente,
Je ne saurais dire ce qui lui convient ;
Elle m'offre maint bienfait en vue du Beau,
Je dois seulement me défaire de ce qui pèse ;
Me mène et me démène une irrépressible aspiration,
Et ne demeure ici nul conseil que d'intarissables larmes.

Car cela sourd et s'écoule ainsi sans arrêt !
Sans qu'on réussisse jamais à calmer le feu intérieur !
Et cela s'apaise et se déchire violemment en mon cœur
Là où Vie et Mort hideusement se combattent.
Que l'on donne médecine au corps pour adoucir sa peine ;
Il manque à l'esprit seulement décision et vouloir.

Une intuition lui manque : comment suppléer Son absence ?
Et il multiplie Son image de mille manières.
C'est l'hésitation parfois, tantôt c'est l'emportement,
Indécis pour l'heure, maintenant dans le plus pur éclat ;
Comment cela pourrait-il servir à la plus piètre consolation,
Le flux et le reflux, l'allée comme la venue ?

Quittez-moi ici, fidèles compagnons de route !
Laissez-moi seul près du roc, dans le marais, sur la mousse ;
Toujours clos pour moi seul ! Pour vous le monde reste ouvert,
La terre immense, le ciel auguste et grand ;
Observez, cherchez, rassemblez les éléments,
Le secret de la Nature reste à balbutier !

Pour moi le Tout est perdu, je le suis moi-même,
Moi qui fus, il y a peu encore, le favori des Dieux ;
Ils me mirent à l'épreuve, m'envoyèrent des Pandores,
Si riches en bienfaits, plus riches encore en danger ;
Ils me poussèrent vers la bouche dispensatrice du bonheur,
Ils m'en séparent, et me conduisent à ma perte.


RÉCONCILIATION

   La passion amène les souffrances ! Qui calmerait
Un cœur oppressé qui a trop perdu ?
Où sont les heures si vite envolées ?
En vain choisis-tu le plus beau !
L'esprit est troublé, les intentions confuses ;
Le vaste monde, comme il s'amoindrit pour les sens !

   Alors la musique s'élève sur ses ailes angéliques,
Entrelaçant les sons par milliers,
Pour pénétrer l'homme de part en part,
Pour l'emplir de l'éternelle beauté :
L'œil se mouille, il sent dans un plus haut élan
La valeur divine des sons comme des larmes.

   Et le cœur ainsi allégé s'aperçoit soudain
Qu'il vit encore, qu'il bat et voudrait battre,
Signe de pure gratitude pour ce splendide présent,
Il s'offre lui-même en libre sacrifice.
Il éprouverait alors — ô que ce fût pour toujours ! -
Le double bonheur des sons et de l'amour.


Johann Wolfgang Von Goethe (Trilogie der Leidenschaft)

vendredi 16 août 2013

Voir la perfection en toute chose et toute situation...




    Voila encore un véritable défi qui nous est lancé par la Vie : reconnaître que tout ce qui advient est précisément ce qui doit advenir pour l’évolution de notre âme et, par conséquent, est juste et parfait tel quel. Ceci n’a strictement rien avoir avec la fatalité. Même si nous avons fait intervenir notre volonté, du moins à ce qu’il nous semble, ou même si ce qui arrive est la manifestation de nos pensées, rien n’est le fruit du hasard. Notre âme sait exactement ce qui est juste et parfait pour chacun  de nous, bien que non nécessairement pour notre ego. Tout, absolument tout, est à sa place et concourt à notre bien, même si nous ne nous en rendons pas compte sur le moment.
    Tout arrive au bon moment lorsque nous sommes prêts à le comprendre et à l’accepter. C’est moins l’événement lui-même (qui est juste ce qu’il est, rien de plus) qui est « parfait » que l’expérience que l’âme cherche à nous faire vivre pour sa propre évolution. Voir la perfection en toute chose n’est pas possible à partir du mental, c’est une vision du cœur qui rendra votre vie plus légère, plus joyeuse et plus libre.  

    Ce n’est pas facile à reconnaître et même à entendre j’en conviens et j’ai moi-même parfois des doutes, voire même quelques sursauts de révolte ou d’incompréhension face à certains événements particulièrement douloureux. Alors pourquoi recommander de porter précisément ce regard sur les choses de la vie ? Tout simplement parce que c’est la meilleure façon d’accepter la totalité de la manifestation et que c’est seulement ainsi que nous pouvons vraiment retrouver notre véritable nature et, finalement, le bonheur. C’est en fait une question de foi, de foi totale. 

    Voir la perfection en chacun, en toute chose et en toute situation est certainement le meilleur moyen d’accepter la totalité de la manifestation, malgré les apparences, afin de trouver en soi la paix intérieure qui, seule, peut nu rendre véritablement heureux.

Yvon Delvoye  extrait de « Accéder à son espace intérieur » (changer son regard pour changer sa vie)